La Maison Ernest Paris

Ernest dans les Années 1900  © Ernest

Isabelle

Isabelle Bordji par Mathieu Cesar  © Ernest

Fondée en 1904 par le chausseur  Ernest Amselle,  la maison ERNEST, spécialiste du talon haut, a presque l’âge de la Tour Eiffel. Si son adresse, à deux pas du Moulin Rouge et de Pigalle, est restée une affaire de connaisseurs, elle n’en est pas moins emblématique du patrimoine coquin de la capitale.

 

ERNEST, c’est une histoire d’élévation et de liberté puisque la marque pratique des hauteurs d’aiguilles vertigineuses (jusqu’à 14 cm sans patins), des bouts pointus provocants, et un éventail de  pointures allant jusqu’au 46, offrant une capacité de séduction infinie.

 

À l’image de Jean Paul Gaultier qui créé son propre modèle de souliers ERNEST dans les années 80, la réputation envoutante et sulfureuse de ces talons hauts qui arpentent les trottoirs et les scènes des cabarets, influence nombre de créateurs de mode et, parmi eux, une nouvelle race de chausseurs apparus dans les années 80-90 qui a su orchestrer une petite révolution, transformant radicalement le destin du soulier qui passe du statut d’accessoire fonctionnel à celui d’objet de désir, de fantasme et de pouvoir. Ce qu’ERNEST avait compris bien avant eux.

 

Les talons ERNEST lient le pied à la posture et au maintien, ils affinent et galbent les jambes qui deviennent interminables. Le label a toujours su exacerber la féminité, rendre la femme plus envoutante… et l’homme aussi.

 

Le photographe berlinois, Helmut Newton, fantasmait sur la mode androgyne de l’entre-deux-guerres. Il a brisé les tabous et les codes. Dans ses images, il impose une féminité hors-norme. Alliés incontournables de ses nus féminins sculpturaux : les talons ERNEST.

 

Mode, photo, spectacles, les chorégraphes Blanca Li ou Philippe Decouflé, aujourd’hui les nouvelles revues du Crazy Horse et des Mugler Follies, ou encore Beyoncé et Kylie Minogue, tous adoptent le vertige signé ERNEST. Le secret de ces talons qui changent la posture et donne de l’assurance, c’est leur confort qui repose sur l’ingéniosité de sa cambrure et la largeur de l’assise au sol, un équilibre qui autorise à porter des escarpins ERNEST toute la journée, voire la nuit entière.

 

Isabelle Bordji est encore directrice artistique de la maison Cervin, un grand nom du bas couture, quand se présente l’opportunité du rachat d’ERNEST. Pour cette acquisition qui  va dans le fil rouge de son destin, elle a la primeur sur des marques de renom. Tout naturellement, en 2012, cette ancienne élève du Studio Berçot, passe du bas couture au talon haut.

 

Les valeurs d’ERNEST sont les siennes, basées sur le respect des singularités, la liberté d’être soi-même, sans tabous ni jugements. Isabelle Bordji tient à l’affirmer avec une série de photos pour Marie-Claire où figurent Daniel Cohn-Bendit, Camille Lacourt, Julien Doré et Christophe, chaussés de talons aiguille vernis rouge qui exacerbent leur part de féminité.

 

« Le moment est venu » dit Isabelle Bordji, « de faire partager cette aventure rare et centenaire au plus grand nombre ».

 

Portrait par Paquita Paquin